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Retrouvez la grande interview du numéro 9 des Grenat publiée dans le programme de match de samedi dernier.


Qui est Miroslav Stevanovic ?

J’ai 29 ans et je viens de Bosnie. Mes parents vivent là-bas. Quant à ma sœur, elle étudie à l’Université de Novi Sad en Serbie. J’ai connu beaucoup de clubs dans ma carrière et j’apprécie d’autant plus Genève car j’y ai trouvé de la stabilité. Cela fait deux ans que je suis ici maintenant.

Comment as-tu débuté le football ?

J’ai commencé à jouer dans mon village natal car mon père entraînait dans le club. C’est un ancien gardien de but. Il m’a autorisé à venir m’entraîner si je lui promettais de ne pas devenir gardien. J’ai dit oui (rires). Lorsque j’ai commencé, je n’avais pas de licence car j’étais trop jeune. Dans mon village, il n’y avait pas de structure pour les enfants entre 6 et 10 ans. Mais mon vrai premier club, c’est le Drina Zvornik, que j’ai rejoint à 12 ans. C’est mon club de cœur et j’aimerais y terminer ma carrière.

Enfant, tu rêvais de devenir footballeur professionnel ?

Oui, j’avais de grands rêves. Je voulais jouer la Champions League, la Coupe du Monde et l’Euro.

Comment as-tu réalisé que tu pouvais devenir pro ?

J’ai commencé à en prendre conscience dans les équipes de jeunes au Drina Zvornik. J’étais le plus rapide et je marquais beaucoup de buts. Lorsqu’à
16 ans, j’ai rejoint l’équipe première, j’ai vraiment compris que je pouvais le faire. J’étais bon élève mais à cette période, je me suis désintéressé de l’école pour me concentrer pleinement sur le football. Mes parents ont été inquiets, mais ils m’ont rapidement soutenu et m’ont laissé suivre mon rêve.

Tu débutes ton parcours professionnel au FK Vojvodina ?

Oui après 6 mois avec l’équipe première de Zvornik, je rejoins la Serbie et le FK Vojvodina à 16 et demi. Ils ont une très bonne académie pour les jeunes footballeurs avec des infrastructures incroyables, un grand pas en avant pour ma carrière. C’était une période spéciale, je suis très fier d’avoir pu porter les couleurs du club.

Et ensuite, le Séville FC, c’est l’opportunité d’une vie ?

C’est clair, c’est incroyable quand vous êtes un jeune joueur et qu’un club comme le Séville FC vous veut. C’est Spahic qui m’a parlé de leur intérêt lors d’un rassemblement pour la sélection. J’ai cru que c’était une blague au début. Séville avait demandé des informations sur moi à son agent. Après quelques mois, ils sont venus me voir en Serbie et j’ai signé pour le club.

Comment vis-tu cette expérience en Espagne ?

Ce fut très difficile à mon arrivée. J’arrivais de Serbie où les salaires étaient modestes et j’entrais dans un nouveau monde, dans un des meilleurs clubs européens. A Séville, les joueurs gagnent des millions et conduisent les plus belles voitures. Moi, j’étais un gars normal qui n’avait même pas encore le permis de conduire. J’ai eu l’impression de m’être perdu moi-même et de ne plus vraiment savoir qui j’étais dans ce nouvel environnement. J’étais en décalage. Mais je ne regrette absolument rien ! Quelle aventure exceptionnelle et, à la fin de ma carrière, je pourrais dire que j’ai joué au Séville FC ! C’est quand même quelque chose !

Tu vas ensuite connaître deux prêts consécutifs en Espagne ?

J’ai d’abord rejoint Elche en première division, où je n’ai pas beaucoup joué. Puis après 6 mois, je suis allé à Alavès. J’ai bien aimé mon passage à Alavès. Je suis toujours en contact avec des coéquipiers que j’ai connus là-bas.

Puis tu vas connaître une période compliquée pour tout footballeur…

J’ai résilié mon contrat avec Séville à deux jours de la fin du mercato sans retrouver de club pendant 6 mois. Ce fut une période très compliquée pour moi… Je suis rentré en Bosnie pour m’entraîner. Psychologiquement, c’est difficile à encaisser. C’était également dur pour mes amis et ma famille, car physiquement j’étais présent mais mon esprit était ailleurs. Je gambergeais toute la journée. J’étais inquiet de ne pas pouvoir rejouer au football. Mais c’est parfois positif d’avoir des expériences comme ça, grâce auxquelles on apprend sur soi et sur la vie en général. J’essaie d’en tirer le positif aujourd’hui. Ça me permet de relativiser sur beaucoup de choses maintenant.

Tu retrouves un club mais ça ne se passe pas bien.

Oui, je retrouve un club en Hongrie, mais dès le début, je n’ai pas eu un bon feeling. Le club fait faillite 3 mois après mon arrivée. Je rejoins ensuite la Grèce et il se passe la même chose. C’est difficile de changer d’endroit tous les 6 mois, qui plus est dans des clubs avec des difficultés financières. J’ai ensuite parlé avec mon agent pour lui dire que je ne voulais plus vivre ce genre d’expérience. J’avais besoin d’un retour aux sources et de trouver de la stabilité.

Puis c’est le renouveau !

On peut dire ça oui. Je rejoins le FK Željeznicar Sarajevo, le meilleur club de Bosnie. Ma confiance est au plus bas et j’ai l’impression de repartir de zéro. Mon niveau de jeu n’est pas très bon les premiers mois mais je retrouve l’appétit sur le terrain. Petit à petit, j’ai retrouvé un bon niveau, puis ma deuxième saison a été bien meilleure. On a d’ailleurs perdu le championnat à trois journées de la fin. C’est un regret de ne pas avoir gagné le titre. J’ai une anecdote lors de ma dernière saison. J’ai marqué le but victorieux lors d’un derby. Les mois qui ont suivi, dès que je sortais en ville, je n’avais rien besoin de payer. C’était agréable de sentir à nouveau l’engouement et la passion du football.

Et tu arrives à Genève pour le plus grand bonheur des fans servettiens.

Oui et pour le mien aussi ! Je me plais vraiment bien à Genève.

Tu as aussi été international bosnien. On imagine que c’est un honneur de représenter son pays ?

Oui c’est une grande fierté. Ma première sélection a eu lieu contre l’Eire pour un match amical. J’ai bien évidemment débuté sur le banc mais j’espérais entrer à 5 minutes de la fin pour faire mes grands débuts. En avant-match, je me répétais à moi-même : « 5 minutes, faut que j’assure !
5 minutes, faut que j’assure ! » Et juste avant le début du match, le coach m’annonce que je rentrerai après la mi-temps. J’ai complétement paniqué mais au final, ça s’est très bien passé. C’était incroyable !

Quel est ton meilleur souvenir ?

A 19 ans, j’ai remporté la Coupe de Bosnie avec le
FK Borac Banja Luka. C’était mon premier trophée donc c’est particulier. Mes sélections avec la Bosnie sont aussi des moments importants. Tu te sens spécial d’être appelé avec les meilleurs joueurs de ton pays.

Tu as été élu meilleur joueur du championnat bosnien, meilleur joueur de Brack.ch Challenge League, tu as des bonnes statistiques individuelles, est-ce que tu fais attention à ces choses-là ?

Non, je préfère me concentrer sur le résultat de l’équipe. Si je marque 30 buts et que l’on ne monte pas en Super League, il n’y a aucun intérêt. C’est sympa de gagner le titre de meilleur joueur mais je ne pense pas que je le mérite. A la SFL Award Night, c’était logique qu’un joueur de Servette remporte le titre mais Wüthrich méritait de gagner autant que moi. Pour moi, le meilleur de l’équipe, c’est Steve Rouiller. Il est toujours bon et régulier aussi bien à l’entraînement qu’en match. J’ai surtout gagné grâce à l’équipe et aux bonnes performances de mes coéquipiers.

Tu l’imagines comment ton après-carrière ?

Certainement dans le monde du football mais pas en tant qu’entraîneur, ça c’est sûr. Je n’y ai pas encore trop réfléchi mais peut-être en tant qu’agent.

Si tu devais passer une journée dans la peau d’un autre sportif, ça serait qui ?

Si je devais choisir, j’opterais pour Usain Bolt. Il a un palmarès fantastique et maintenant, il a l’air de bien profiter de la vie.

Si tu devais jouer dans une équipe d’un autre sport collectif ?

A l’école je jouais au basket et au volley mais je pense que je choisirais le tennis. Tu peux décider de ton calendrier, ton entraîneur, c’est le rêve (rires).

Tu prends qui dans ton équipe de five ?

Je prends Cespedes et Cognat parce qu’ils sont bons dans les petits espaces. Wüthrich en numéro 10. En défense, je prends Sally Sarr et Dani Blanco aux buts. Moi, je suis le coach !

Question de Wüthrich, est-ce que tu accepterais que je te tonde le crâne en cas de promotion ?

Non ! Absolument pas !

Qui sera à l’affiche du prochain programme de match et quelle question doit-on lui poser ?

Mychell Chagas. Pourquoi est-ce qu’il invite toujours Boris Cespedes mais jamais moi ? Il ne m’appelle jamais !