Bizzini: cette ville a de très bons supporters
ServetteFC.ch | Publié le : 26.04.09 à 15:50
Ancien International et capitaine de l’équipe Suisse, Lucio Bizzini est un célèbre défenseur central. Avec le Servette FC, Lucio a fait partie de la mythique équipe de 1978-1979, qui a remporté lors de cette saison quatre titres. À la suite d’études à la faculté de psychologie, Lucio est devenu docteur en psychologie, spécialiste en psychothérapie et psychologue du sport.
Que pensez-vous de la création du club "Hall of Fame" ?
C’est une super idée. Cela donne aux anciens joueurs du Servette la possibilité de se réunir et d’avoir un espace dans lequel nous pouvons nous rencontrer, je trouve que c’est vraiment une très bonne idée. Cela permet également de se rappeler l’histoire du Club.
Quel est votre plus beau souvenir en tant que joueur du Servette FC ?
Il y en a beaucoup. Je dirai que les souvenirs ce n’est pas seulement les victoires. C’est également l’ambiance des Charmilles, c’est les voyages en bus, les séjours à l’étranger avec l’équipe notamment lorsque nous sommes allés en Amérique du Sud, c’est le plaisir d’aller à l’entraînement et d’avoir ces petits matches entre nous. J’ai vécu des années exceptionnelles avec Servette. Nous avons pu ensemble, nous éclater et aussi donner du plaisir aux spectateurs. Maintenant, il y a des victoires en Coupe qui sont mémorables. Il y a le titre de Champion Suisse, qui est arrivé au moment où je pense que l’équipe était au summum. Je me souviens aussi d’un match de Coupe, contre une équipe de deuxième ligue, où nous avons failli nous faire éliminer. Mais, comme un signe du destin, on peut dire que tout nous était promis dans cette année 1979, nous avons réussi à nous sortir de cette impasse et par la suite gagner les quatre titres de 1979.
Avez-vous un mauvais souvenir de match ?
Certainement l’élimination en quart de finale de la Coupe des Coupes. Nous nous faisons éliminer par Düsseldorf en faisant 0-0 là-bas et 1-1 à la maison. Je me souviens des dix dernières minutes dans une ambiance exceptionnelle avec le public qui vous pousse. Je me souviens aussi d’une élimination à Sion, en demi-finale de Coupe. Mais c’est clair que bonheur et malheur se mélangent dans mes souvenirs. Tout me reste, parce que tout était fort.
Pour vous, qui est le joueur de légende du Servette FC ?
Lorsqu’il y a eu cette réunion extraordinaire de toutes les générations aux Charmilles, c’était un moment magique où je me suis rendu compte que je faisais partie de l’histoire. Mais, pour moi, les joueurs de légende sont ceux d’avant ma génération. Pour répondre à votre question, c’est clairement Jacky Fatton. C’est celui qui représentait, à ma génération, une sorte de mythe du Servette. Mais, il n’y a pas eu que des individualités, il y a eu des ensembles, différentes générations qui ont marqués le Club.
Comment passe-t-on de footballeur à psychologue ?
Je pense que c’est une question de génération. À la base, j’étais instituteur. J’ai enseigné quatre ans au Tessin. Ensuite, je suis venu à Genève en faculté de psychologie pour devenir psychologue. Normalement, je devais retourner au Tessin. C’était mon projet de départ. Mais, en arrivant à Genève, je joue au CS Chênois et il se trouve que je fais partie d’une équipe en plein essor. Nous sommes promus en ligue A. Lors de ma deuxième année avec Chênois je suis convoqué en équipe nationale. En réalité, il y a toute une série de choses qui ont modifié mon projet de départ. Je fais probablement partie de la première génération de joueur professionnel en Suisse. J’arrivais à combiner le football et mes études. Et puis, il y avait l’aspect financier et l’attrait pour partir à l’étranger qui était moins présent. Maintenant, un joueur professionnel, n’a pas le temps ni la disponibilité mentale pour effectuer des études à côté.
Actuellement, est-ce que vous suivez les résultats du Servette FC ?
Oui, bien sûr. Malheureusement, je ne suis pas un spectateur assidu. C’est pour cela que lorsque j’ai reçu l’invitation du Club "Hall of Fame", je me suis dit que c’était une bonne occasion pour reprendre la direction du stade. Aller, tout seul voir les matches, ne m’enchante pas, maintenant je sais qu’il y a un endroit où je suis sûr de pouvoir rencontrer des anciens collègues, c’est sympa.
Comment les joueurs servettiens doivent-ils aborder la fin de cette saison ?
D’abord, j’espère qu’il y a une envie de révolte. Lorsqu’on est dans une situation difficile, ce n’est pas seulement une question de volonté. Il faut également être lucide. J’espère que dans cette équipe, il y a cet amalgame entre la bonne agressivité, l’envie de casser des montagnes, mais également la capacité de garder ses nerfs. Parce que cela ne sert à rien de vouloir tout casser, parce que là, c’est la porte ouverte à la frustration et l’on risque de perdre les pédales et la lucidité. Les joueurs d’expérience peuvent donner cet aspect de lucidité.
L’adversaire du jour est le FC Saint-Gall (NDLR: interview réalisée pour le programme de match contre le FC Saint-Gall). Quels souvenirs avez-vous du FC Saint-Gall ?
Je me souviens d’un hôtel, à Saint-Gall, où nous n’arrivions pas à dormir. Il était situé juste au-dessus d’une place où le bus, à 6h du matin, s’arrêtait et ouvrait les portes. Le moteur du bus faisait beaucoup de bruit. C’était également le déplacement le plus long. J’ai des bons souvenirs de Saint-Gall. J’aimais beaucoup jouer sur leur terrain. Le public est très proche du terrain, comme aux Charmilles à l’époque et même au Stade de Genève maintenant. Contrairement à la Pontaise ou au Letzigrund où il y a la piste d’athlétisme, la longueur du terrain semblait immense lorsque je débordais sur les côtés. Tandis qu’à Saint-Gall, c’était une autre sensation. J’avais l’impression d’être patron de l’espace. C’étaient des bons matches à Saint-Gall, souvent des combats physiques avec beaucoup d’engagement. Le public était soutenant pour son équipe et pas excessivement contre l’adversaire. Ils aiment le beau jeu.
Et pour finir, un mot pour nos supporters ?
Je pense que cette ville a de très bons supporters. On ne le dit pas suffisamment. Je pense que si l’équipe parvient à retrouver petit à petit une stabilité et dans une année ou deux retrouver le niveau pour pouvoir monter et ensuite être promu en Super League, le public est prêt. On le voit avec les affluences, l’équipe ne va pas bien, mais le public essaye de suivre et d’encourager l’équipe. Je pense que c’est une ville qui aime le football. Si l’équipe arrive à redorer son blason le public est là. Nous disposons d’un Stade bien placé qui est bien desservi par le tram. C’est sympa d’aller au Stade de Genève. Il est question que de quelque temps pour pouvoir retrouver le haut niveau. |
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