Pazmandy : Le public et Servette sont inséparables
ServetteFC.ch | Publié le : 11.04.09 à 13:26
Peter Pazmandy a entraîné la première équipe du Servette FC de 1976 à 1982. C’est sous ses ordres que le Club a fait sa plus belle saison (1978-1979), avec quatre trophées remportés : Championnat Suisse, Coupe Suisse, Coupe des Alpes et Coupe de la Ligue.
Que pensez-vous de la création du club " Hall of Fame " ?
Je pense que c’est une très bonne idée. Pas seulement parce que je suis concerné, mais parce que toutes ces personnes font partie de l’histoire du Servette. Je pense que nous avons besoin de l’histoire. Les jeunes peuvent prendre en exemple ces joueurs. Cela donne également la possibilité aux anciens de côtoyer la nouvelle génération du Servette.
Quel est votre plus beau souvenir avec le Servette FC ?
Servette m’a accueilli en 1956. J’étais considéré comme réfugié politique. J’étais en tournée, en Autriche, avec mon équipe. Servette nous a offert l’hospitalité. Nous étions quatre joueurs à pouvoir rester au Servette. Il y en a un qui n’est pas resté, Makay, qui est malheureusement décédé, et Nemeth était le troisième. Ma carrière, ma vie d’adulte, a démarré au Servette. Je suis vraiment tombé amoureux de Genève. Pourtant, avec le football, j’avais déjà fait des voyages, mais Genève m’a fasciné. Mon arrivée est un bon souvenir. Et puis, il y a l’année 1978-1979. Nous avons gagné le titre de Champion Suisse, la Coupe de Suisse, la Coupe des Alpes et la Coupe de la Ligue. Gagner quatre titres, cela reste mémorable. Il y avait un groupe, une équipe, un public et un grand Président Monsieur Roger Cohannier.
La saison 1978-1979 a vraiment été extraordinaire.
Nous étions tous sur la même longueur d’onde. Nous avons basculé cette année-là du statut d’amateur au statut de professionnel. Nous pouvions nous entraîner deux fois par jour. Nous commencions la séance à dix heures, ils étaient déjà tous là à huit heures et demie Nous nous entraînions à Balexert, alors les joueurs, entre midi et deux, mangeaient sur place, dans la cafétéria et ils attendaient l’entraînement de l’après-midi. Nous ne vivions que pour le football.
Durant cette saison, vous avez côtoyé de très bons joueurs. Comme cela se passait à l’interne ?
J’ai eu de la chance d’avoir une équipe avec des joueurs qui pouvaient jouer les yeux fermés. Le mot d’ordre c’était le football. Le joueur qui voulait jouer devait mouiller son maillot. Je n’avais pas besoin de faire d’analyse et de dire ce qui n’a pas été durant le match. Les joueurs l’avaient déjà fait entre eux. Le lundi, il y avait toujours le premier entraînement après la compétition du week-end et les joueurs avaient déjà fait leurs critiques entre eux. C’est unique de voir un groupe aussi soudé.
Pour vous, quel est le joueur qui représente le mieux la légende du Servette FC ?
Je dirai Jacky Fatton. Il est né à Genève, il a joué à Lyon, il a été plusieurs fois international et il a participé à une Coupe du Monde. Je pense qu’il mérite, de son vivant, que l’on dise que c’est la légende du Club. C’est quelqu’un qui a consacré sa vie au football. Sinon, sans citer de nom, je pense que toute l’équipe de 1978-1979 mériterait, en bloc, d’être reconnu comme légende.
Vous qui avez connu le football amateur, quel regard portez-vous sur le football actuel ?
J’ai connu cette transition d’amateurisme à professionnalisme. L’argent massif est alors entré dans le circuit. Les joueurs talentueux étaient déjà rémunérés, mais ce n’était pas des sommes astronomiques. Et puis, au début de ma carrière, la majorité des joueurs étaient issus de familles genevoises. Leurs racines, leurs familles, leurs amis et toute la ville les retenaient. Les joueurs étaient beaucoup plus concernés par le maillot, par les couleurs. Le Grenat représentait quelque chose pour nous. Pour moi, les salaires actuels des joueurs ne me choquent pas du moment qu’ils le justifient sur le terrain. Je pense que la télévision à une part de responsabilité dans cette augmentation des salaires. Il y a eu trop de surenchère. L’argent est présent, mais utilisons le à bon escient, investir pour la formation, par exemple. Moi, ce qui me dérange ce sont les joueurs " spectateurs " qui marchent sur le terrain et qui ne sont pas concernés par le jeu.
Que pensez-vous du Servette actuel ?
Heureusement pour le Servette, il y a des personnes qui s’y intéressent et qui essayent de relancer le Club. Le problème, c’est que les bonnes intentions des dirigeants ne suffisent pas. Il y a aussi la vérité du terrain. En tout cas, cette situation est dommage pour le football genevois et pour tous les enfants. À l’époque, les jeunes rêvaient de venir jouer au Servette. Maintenant, ce n’est plus un but de carrière et c’est dommage. Nous avons de la chance que Locarno et Gossau soient derrière nous et que nous sommes encore au contact de Nyon et de la Chaux-de-Fonds. L’espoir demeure. Mais cela va être très difficile jusqu’à la fin. En tout cas, j’espère vraiment que, de mon vivant je reverrai le Servette en ligue A.
Que pensez-vous du match d’aujourd’hui, jeudi 9 avril 2009, (Servette FC – FC Wil) ?
Ma mentalité, c’est : quand tu joues un match, c’est pour le gagner. C’est un état d’esprit. Il y a trois points à prendre. Il faut faire le plein de points à la maison, c’est évident. Les joueurs ont l’obligation de se surpasser.
Avez-vous un petit mot pour nos supporters ?
L’autre jour, je regardais l’entraînement de l’équipe Suisse. En sortant du Stade, un monsieur m’arrête et me dit "vous êtes l’ancien entraîneur du Servette ! Je vous félicite encore. Vous nous avez donné, à l’époque une joie extraordinaire.". La satisfaction de ma carrière, elle est là. Cela fait chaud au cur. Lorsque nous sommes spectateurs, il faut être présents dans la victoire, mais aussi dans les mauvais moments. Malgré tout, le public et Servette sont inséparables. Je suis convaincu que les Genevois vont répondre à l’attente du Club, mais le signal doit venir du terrain. |
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