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Veillard : derrière chaque mauvaise situation il y a du bon

Veillard : derrière chaque mauvaise situation il y a du bon

ServetteFC.ch | Publié le : 13.07.16 10:39
Bastien Veillard est physio au Servette FC depuis 6 saisons. Il nous explique son métier, ses particularités et explique le fonctionnement au quotidien.
Bastien, tu es physio de la première équipe et de l'académie. Peux-tu te présenter ?
Je suis physio à Servette depuis maintenant 6 saisons. Je m'occupe principalement de l'académie et j'ai deux présences hebdomadaires et match en week-end avec la première équipe. Cela équivaut à un 50% académie et première confondu. En fait, je suis physio par reconversion. A la base, j'ai fait l'Ecole d'Ingénieur à Genève, j'ai travaillé deux ans comme ingénieur et ça m'a gavé. Je suis parti dans la physiothérapie. Cela va faire 8 ans que j'ai le diplôme de physio

En quoi consiste ton travail au quotidien ?
On peut le diviser en plusieurs parties. Il y a la partie entraînements avec un tri au début. Est-ce que le joueur peut s'entraîner ? Sous quelle condition ? Il y a ensuite un conditionnement et la préparation pour l'entraînement. On fait la partie tape, petit boulot et soins, suivi d'une partie préventive. On anime parfois des ateliers de proprioception, on fait plutôt une activation musculaire ou équilibre pour que le joueur soit dans les meilleures conditions pour s'entraîner. Il y a la partie gestion des blessés en dehors du groupe ou encore le suivi du groupe sur le terrain. Il y a après l'évaluation en fin d'entraînement de fatigue, de gêne. On fait à nouveau le tri. On doit voir s'il y a des blessures ou non. On fait le feedback avec les médecins en collaboration avec mes collègues Manu et Chris. On accompagne les blessés l'après-midi. Cela se répète tous les jours. En match, c'est un peu différent dans le sens où on est avec un groupe "sain". Il y a la préparation d'avant-match, puis la gestion sur le terrain si nécessaire en cas de blessure.

On imagine que cela doit être spécial de côtoyer au quotidien des footballeurs. Qu'en retires-tu comme satisfaction ?
Etre dans l'équipe, c'est un plus. C'est sympa, la dynamique est stimulante. On travaille avec des athlètes de haut niveau, des pros. Il y a aussi un accès à la médecine du sport de la Tour, la collaboration avec des médecins du sport. Cela impose une certaine rigueur dans la pratique, que ce soit au niveau de l'approche scientifique du métier, que ce soit au niveau de la lecture d'études. Cela demande de se tenir à jour au quotidien. Cela requiert de la disponibilité. Il faut être présent en dehors des heures qu'on nous demande. Un joueur est une entité humaine. Il faut aussi gérer parfois les émotions, répondre à ses questions. Ces sollicitations ne viennent pas que pendant les heures de bureau. Il faut être souple. J'aime ça parce qu'il y a aussi des objectifs sportifs derrières. J'ai fait du foot moi-même. C'était sympa de vivre cette promotion la saison passée. On a aussi un petit rôle d'infirmier, de support psychologique, c'est varié. C'est ce qui fait le charme de cette profession.

On imagine que les joueurs doivent se confier à toi sur la table de massage et peuvent parfois rechercher une forme de soutien psychologique… .
Il faut être clair, on n'est pas des psys. On se doit d'être des confidents, de motiver les joueurs, de montrer un côté qu'il n'avait pas vu. J'aime bien dire que derrière chaque mauvaise situation il y a du bon. Il faut essayer d'aller chercher ça, d'aller stimuler cet esprit de compétition présent chez chacun de ces joueurs. Leur fixer des défis, de le faire rebondir quand on voit que le joueur est en bas moralement. C'est aussi à nous d'essayer de le rebooster. C'est quelque chose qui me plaît et un point sur lequel j'essaie d'être attentif.

La légende veut que le physio rentre sur la pelouse et fasse gagner du temps à son équipe, info ou intox ?
Bon, maintenant les règles ont un peu changé depuis l'Euro. Si le joueur qui a blessé le joueur a été averti, on dispose de 25 secondes pour traiter le joueur sans qu'il doive sortir. Je t'avouerais que si on est à la Praille, qu'il faut gagner du temps et qu'on mène 1-0… je suis aussi compétiteur, j'ai un esprit d'analyse, je ne vais pas forcément y aller comme un dingue (rire). Cela fait partie du jeu. Pour être honnête, cela m'arrive de gagner du temps s'il le faut, et quand il ne le faut pas, je vais tout faire pour ne pas en perdre.

En tant que physio, on imagine qu'en vivant avec l'équipe tu vis les mêmes choses, les mêmes émotions. Est-ce que tu célèbres aussi les buts ?
Au début, quand j'étais jeune physio, j'étais assez timoré. Maintenant je me lâche. C'est clair que mon objectif indirectement est que l'on gagne aussi. Le travail que je fais tous les jours, que j'essaie d'amener aux joueurs par mes soins, c'est d'essayer de les mettre dans les meilleures conditions pour que l'on fasse un résultat positif. Je suis hyper content quand on a un résultat positif, et quand le résultat est négatif je me remets en question pour voir si quelque chose a pêché de mon côté ou du côté médical. Ce sont des remises en question que j'ai en permanence et c'est encore plus accru après une défaite.

Vous êtes plusieurs physios, ostéos, il y a toute une cellule médicale. Comment êtes-vous organisé ?
Emmanuel Bonvin a cette étiquette de responsable des soins de la première équipe. Il a une casquette d'ostéopathe. Moi j'ai cette casquette de physio de la première équipe, mais je suis aussi responsable de la physio et des soins de tout ce qui est académie. Chris (Christophe Hartmann) a intégré l'équipe l'hiver passé. Il a cette double casquette physio-ostéo sur laquelle on joue tant pour la première équipe que l'académie. On a cette collaboration à 3. Il y a aussi des satellites avec Jean qui fait les massages première équipe et "Fox" (Pierre-Alain Terrier) qui lui est masseur de l'académie. On est environ 5 personnes à œuvrer dans les soins, plus Finn Mahler qui est le médecin chef pour la première équipe et Laurent Koglin qui est référant pour l'académie.

Comment partagez-vous les infos entre vous ?
Vu qu'on n'est pas toujours sur le même site, on passe beaucoup de temps via mail, via téléphone, etc… pour collaborer. On a des listes de joueurs qu'on remplit le plus fidèlement possible, comme ça cela nous laisse une trace sur toute la saison. Si on doit remonter quelques semaines en arrière, on a les infos assez rapidement. On est en train de mettre en place un logiciel pour tout ce qui est centralisation des données qui nous permettra de rentrer de manière numérique, les blessures, délais. Comme ça on parle tous des mêmes dates à l'interne. Cela sera mis en place durant le premier tour.

As-tu une anecdote à partager ?
Le soir de la promotion en Super League, en voulant repérer mon collègue dans la foule, je me suis fait une immense entorse, je me suis déchiré les deux faisceaux ligamentaires. "Gonzo" (David Gonzalez) pensant que je sautais de joie pour la promotion me saute sur le dos. Je ne t'explique pas le truc. Mon collège Manu m'a fait un strap dans le vestiaire. Avec l'euphorie de la promotion, je n'ai rien ressenti de la soirée. Et le lendemain matin, je te laisse deviner le premier effet Kisscool avec un immense mal de crâne et le second avec la cheville au levé. C'est un truc que je garde à jamais.